29/01/2024
Comment le cheval apprend ce qu'il peut manger ou pas ? 🧠
🐴🍀 Mon poney, il sait ce qu'il mange 🍀🐴
Bonsoir à toutes,
On est en 2024 et j’aurais pensé un peu naïvement que plus de 10 ans après la découverte de l’élément responsable de la myopathie atypique, je ne serai plus entrain d’écrire ce genre d’article. Mais juste cette semaine, je l’ai vu passer 4 fois le « un cheval sait ce qui est bon pour lui ». Alors on est parti pour une nouvelle piqûre de rappel sur le sujet.
🐴 Comment un cheval apprend-il ce qu’il peut ou ne peut pas manger ? 🐴
Le comportement alimentaire se fixe dans les premiers mois de la vie de votre poney. Il peut encore évoluer à l’âge adulte, mais la plasticité sera bien moins grande que dans ses premiers mois. Outre l’observation des adultes qui lui permet de différencier les plantes « bonnes à manger », les « pourquoi pas de temps en temps » et les « pas touche », votre cheval est aussi influencé par l’odeur de l’haleine de sa mère, par le goût de son lait et ce qu’elle a mangé durant la gestation.
Le résultat de tout ça, c’est qu’un poulain élevé sur une prairie contenant 4 espèces végétales avec des adultes qui ont accès à la même prairie n’apprendra à peu prés rien en termes de choix alimentaires. Savoir manger, c’est comme savoir interagir avec les autres, ça s’apprend. Et si on ne réunit pas des conditions favorables à cet apprentissage, il est faible. Certains partent donc avec un sacré handicap dès le départ.
🍀 La variabilité individuelle 🍀
Certains équidés seront plus méfiants que d’autres devant une plante qu’ils ne connaissent pas, qu’elle soit toxique ou pas. C’est ce qu’on appelle de la néophobie et son importance est variable d’un individu à l’autre. Si vous voulez faire le test, ramassez des plantes (non toxiques) auxquelles votre équidé n’a pas accès dans son environnement quotidien et proposez-lui, soit à la main (attention au biais qu’induit la proposition par l’humain) soit en les déposant discrètement dans son environnement. Vous constaterez rapidement que certains iront croquer dedans sans se poser de questions pendant que d’autres prendront le temps de renifler la plante sous tous les angles avant d’y faire un croc timide et que d’autres refuseront carrément de gouter tant qu’un plus téméraire n’aura pas tester.
Si votre cheval fait partie de ceux qui ne se posent pas de question et qu’il a grandit dans un environnement très pauvre, c’est un bon candidat à l’intoxication en cas de contact avec une plante toxique.
🌱 Les plantes préviennent ? 🌱
Certaines plantes contiennent des composés qui vont permettre au cheval de comprendre que consommer cette plante lui a fait mal et donc, normalement, de ne plus y revenir. C’est le cas par exemple du gouet tacheté (Arum maculatum) dont la consommation engendre immédiatement des sensations de brûlure au niveau des muqueuses. L’effet étant immédiat, le cerveau du cheval est apte à faire le lien. Si l’effet se fait sentir plus d’une demi-heure, maximum une heure, après la prise alimentaire, votre cheval est tout simplement incapable de savoir quelle plante est à l’origine de son mal être.
D’autres plantes comme les sénéçons (Jacobaea & Senecio sp) sont plutôt sympas puisque lorsqu’elles sont fraîches, leur gout et/ou leur odeur désagréable dissuade généralement les équidés de les consommer. Je dis bien généralement, puisque les consommations de ces plantes sur pied sont moins rares qu’on le pense. Par ailleurs ce « signal » se perd quasiment systématiquement une fois la plante sèche dans le foin.
D’autres, comme les samares de l’érable sycomore (Acer pseudoplatanus) ou l’if (Taxus baccata) peuvent provoquer la mort suite à l’ingestion de doses très faibles et ne contiennent aucun composé permettant au cheval de les identifier comme toxique. Votre cheval n’a ici strictement aucun moyen de « savoir ce qui est bon pour lui ». Alors certes, les effets de l’if se font sentir rapidement, le problème c’est que dans bien des cas, le cheval ne disposera pas d’un second essai.
D’autres, comme la porcelle enracinée (Hypochaeris radicata), non seulement ne contiennent aucun composé susceptible de dissuader les chevaux de les consommer mais peuvent en plus provoquer une addiction chez ces derniers. On a un phénomène similaire avec les glands de chênes (Quercus robur & Quercus petraea surtout) que les chevaux s’habituent à consommer sans avoir de problèmes majeurs jusqu’au jour où un taux de tanins hydrolysables plus élevé provoque une colique grave.
🦄 En bref… 🦄
Nos chevaux ne sont pas des imbéciles, loin de là. Mais l’environnement qui leur est souvent offert dans leur vie domestique ne leur permet que rarement de développer leurs capacités en termes de choix alimentaires. Et même pour un équidé qui aurait bénéficié de conditions idéales et se montrerait très « perspicace » cela ne garanti jamais une protection totale contre les intoxications végétales.
Comme d’habitude, il existe un juste milieu entre la psychose vis-à-vis des plantes toxiques qui entraine des nuits blanches à la vue d’un pied de porcelle au milieu d’une prairie et le jemenfoutisme basé sur « mon poney sait ce qu’il mange » qui fait héberger des équidés dans des bois de sycomore.
Bonne soirée à toutes et à très vite