24/09/2015
A LIRE ARTICLE DE LA SCC Magazine INTERESSANT POUR CEUX QUI PENSENT QUE LA PUNITION EST PRODUCTIVE !!
Le chien est aujourd'hui l'animal de compagnie le plus proche de l'homme. Il l'accompagne dans bon nombre de ses activités et le suit partout, au travail, en vacances, à l'école, en voiture, a la chasse. ll est aussi amené a intégrer, de façon autonome, le domaine de vie des humains en y restant seul de longues heures, contraint d'être sage du matin au soir, et calme du soir au matin. il nous est utile en améliorant le bien-être des personnes fragiles ou handicapées. il se montre un excellent catalyseur des relations sociales. Sa présence dans les familles améliore le développement de |'enfant. ll nous fait du bien. Malgré toutes ces qualités, les exigences humaines vont croissant au fur et à mesure du développement de notre société occidentale, et les caractéristiques émotionnelles et cognitives du chien sont très peu prises en considération. Ainsi, les contraintes urbaines, les accidents divers par morsure, le radicalisme anti-chiens et les décisions législatives follement sécuritaires ont accentué les points de vue éducatifs autoritaires basés sur les concepts de hiérarchie.
Pourtant, la convergence des études en éthologie, sociologie, psychologie et neuro-physiologie devrait nous redonner un certain sens commun sur les notions de perception et de cognition chez le chien, sur le point de vue de l'animal face à notre monde et notre environnement. Le chien a été trop longtemps considéré comme un loup apprivoisé, incluant la notion de meute, de hiérarchie, et de prérogatives. .le pense qu'il faut se méfier des transpositions aveugles.
CE QUE LE CHIEN PERÇOIT ET COMPREND DE NOTRE MONDE
Le chien n'a pas les mêmes capacités perceptives et cognitives que l'humain. ll naît sourd et aveugle. ll découvre son environnement vers l'âge de trois semaines. ll voit les choses bouger, il entend des bruits divers, il aperçoit l'homme qui vient lui donner à manger et le toucher, il sent les odeurs qui caractérisent des situations variées. ll met en mémoire toutes ces données de l'environnement. Il appréhende le monde humain à sa manière, qui est bien différente de la nôtre. À ce moment, aucun chiot n'a envie d'agresser un humain, mais aucun chiot ne sait si l'humain sera un individu bienveillant pour lui. Le monde humain n'est pas pertinent pour le chien. Le chien va apprendre progressivement, par association, à se méfier ou à faire confiance.
À l'état naturel, il ne vit pas dans une meute structurée dans laquelle il y aurait des prérogatives a priori pour certains individus. Les éthologistes ont montré que le chien, à l'état féral, c'est-à-dire retourné à l'état sauvage, est très peu organisé. ll ne vit que rarement en groupe et l'on observe plutôt des chiens par paires ou seuls. Ils se montrent peu en compétition et font plutôt état d'une coopération ou simplement d'ínteractions ludiques et de relations amicales. C'est pourquoi je pense que, dans le milieu humain, il n'existe aucune bonne raison pour parler de prérogatives de dominant. De récentes thèses de recherche ont montre' que les chiens qui dorment dans le lit des humains montrent moins d'agression envers ces humains que les chiens vivant avec une moindre proximité de leur maîtres, Quand le chien s'installe dans le lit ou le canapé, il n'a pas l'intention d'acquérir un statut particulier et encore moins de montrer une quelconque dominance. ll me semble que ce terme est utilisé un peu partout de façon abusive pour exprimer un caractère affirmé, un statut de chef, une étiquette sociale. En fait, ce concept désigne, en éthologie, l'individu gagnant à |'issue d'un conflit entre deux protagonistes. Utiliser continuellement le terme de « dominant ›› pour désigner un chien qui grogne, qui chevauche ses maîtres, qui lève la patte dans la maison, qui réclame de la nourriture, qui accueille les invites et saute sur les gens, ou qui se couche dans le passage, ou apporte ses jouets, relève d'habitudes de penser qu'iI me semble nécessaire de réviser.
Pour comprendre ce que le chien perçoit et exprime en grognant, il faut analyser ses émotions et revenir aux définitions scientifiques des termes. L'agression est un comportement adaptatif qui vise à éloigner un danger et à s'en protéger. Elle n'a jamais pour but de blesser, de faire mal, ou de se venger ou vouloir dominer. ll existe plusieurs façons de se distancer d'un danger, s'aplatir et s'immobiliser (faire le mort), s'enfuir ou affronter le danger par un conflit dont l'issue est incertaine. Si l'animal ne peut pas ou ne veut pas fuir (la sélection raciale et individuelle est déterminante dans les prises de risques), il va agresser le danger. Afin de ne pas dépenser plus d'énergie que nécessaire, l'agression démarre par des signaux d'intimidation (grognement, babines retroussées, poil hérissé, attitude raide). Si le danger persiste ou se rapproche, l'acte de morsure devient la seule solution. C'est pourquoi, quand un chien reçoit une sanction verbale (le maître crie) et qu'il grogne, c'est pour exprimer sa peur car son maître lui apparaît alors comme menaçant donc dangereux, sans qu'il y ait un espace de fuite suffisant. Si le grognement est sanctionné, le chien a encore plus l'impression que son maître est un élément dangereux, et d'autre part, il va passer à la morsure car il apprend que le grognement n'est pas suffisant pour faire fuir le danger. _
Ainsi plus le maître voudra avoir le dessus, plus le chien va devenir agressif. Vouloir être plus ferme et plus autoritaire pour montrer au chien qu'il ne doit pas grogner, et que c'est l'humain le chef, relève, selon moi, simplement d'un contresens éthologique et d'un acte de maltraitance, qui ne tient pas compte de l'état émotionnel du chien et de son répertoire comportemental. L'agressivité s'apprend par accumulation d'interactions conflictuelles ou vécues comme telles. Ce cercle vicieux a généré, depuis des décennies, de nombreuses morsures avec une mauvaise compréhension de leurs causes et de leurs conséquences émotionnelles.
CE QUE LE CHIEN CONSTRUIT AVEC L'HOMME
En réalité, le chien n'a aucune envie d'entrer en conflit avec son maitre et encore moins de le dominer. L'idée reçue selon laquelle le chien « testerait ›› ses maîtres en tentant d'acquérir un statut de dominant par différentes actions est, pour moi, une idée fausse mais très répandue. Le chien explore les lieux et apprend son nouvel environnement. ll associe les situations, les espaces, les actions de chacun, les événements qui prennent un sens en fonction des liens qui les relient. L'humain devient un individu à explorer, dont il découvre chaque jour sa bienveillance ou sa malveillance. ll construit une relation de bonne ou de mauvaise qualité. À I 'arrivée dans son foyer d'adoption, le chien doit construire une relation avec son humain de compagnie.
Même s'il est domestique, le chien est proche de l'humain à l'échelle de la phylogénèse, mais l'ontogénèse est déterminante pour la qualité de sa relation à l'homme. Chaque interaction est signifiante et l'ensemble des interactions définit la relation. Cette relation est changeante à tout instant, et se modifie à chaque interaction. Des chercheurs ont mis en évidence une relation entre la nature des interactions (positives ou négatives) et l'équilibre émotionnel du chien, ainsi qu'entre les émotions et les capacités de mémorisation et d'évaluations des choses.
Cette complexité du lien homme-chien commence à être de plus en plus étudiée et questionnée. En fonction du tempérament, le chien présente clés facultés adaptatives variées. S'i| est assertif, sensible et de tendance très réactive, les interactions négatives (sanctions) en provenance du maître auraient pour effet de générer de l'agressivité (autodéfense) et une perte de confiance du chien en l'humain. À l'inverse, si le chien se montre timide, réservé et résigné, les interactions négatives auraient pour effet de construire un chien très soumis qui donnerait l'impression d'être obéissant, mais dont la qualité de vie pourrait être mauvaise.
Le chien construit avec son maitre un capital-confiance qui se caractérise par une plasticité et une fragilité caractéristiques de ce type de lien entre deux espèces différentes. Atout moment il est possible de reconstruire de la confiance quand la méfiance s'est installée. Chez certains chiens très émotifs, cela peut prendre du temps. C'est pourquoi il est fortement conseillé de bannir les interactions négatives surtout dans le jeune âge, en période de développement.
POURQUOI LA PUNITION EST-ELLE CONTRE-PRODUCTIVE ?
Les interactions négatives se caractérisent par leur finalité punitive. Lorsque le chien a mal agi, il faudrait le sanctionner