10/04/2021
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐩𝐞𝐫𝐟𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐯𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐠𝐫è𝐬 𝐞𝐧 𝐝𝐫𝐞𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 ?
𝙏𝙧𝙖𝙙𝙪𝙘𝙩𝙞𝙤𝙣 𝙙'𝙪𝙣 𝙩𝙚𝙭𝙩𝙚 𝙥𝙖𝙧𝙪 𝙙𝙖𝙣𝙨 𝘿𝙧𝙚𝙨𝙨𝙖𝙜𝙚 𝙏𝙤𝙙𝙖𝙮
La psychologue Jane Karol explique une approche lié au mental pour aider à devenir de meilleurs cavaliers.
Q : J’ai tendance à être une perfectionniste, et j’ai l’impression que je ne serais jamais à la hauteur des objectifs que je me suis fixée. Je monte à cheval depuis 20 ans, et je ne suis toujours pas capable de piaffer ou passager, malgré de bons chevaux, et je suis coincé au 3ème niveau (ndt : plus ou moins niveau M en Suisse). J’aime me concentrer sur mes erreurs car je pense que c’est le meilleur moyen de s’améliorer. Quelle serait une bonne approche pour devenir un meilleur cavalier ?
R : Je suis enchantée d’avoir l’opportunité de répondre à cette importante question. Comment nous apprenons affecte non seulement ce que nous apprenons, mais aussi comment nous nous sentons à propos de nous-même, ce que l’on pense pouvoir accomplir et comment nos chevaux se sentent dans leur travail avec nous. Ainsi, votre question parle non seulement de l’éthique liée à comment nous nous traitons nous-même, mais aussi à comment nous traitons nos chevaux. Une réponse simple à votre question est qu’il est presque impossible d’apprendre le Dressage à de hauts niveaux si vous ne suivez que le négatif, que ce soit envers vous-même ou envers votre cheval.
Vous dites que vous aimez vous concentrer sur vos erreurs. Bien sûr, il est important de se questionner sur les choses que l’on ne fait pas de manière juste lorsque l’on travaille son cheval. Clairement, il n’y a que le cavalier, et non le cheval, qui peut faire en sorte que les choses aillent pour le mieux ou pour le pire. Nos chevaux, si on les laissait seuls, iraient probablement vagabonder (ou galoper) dans les pâturages et brouter. Pourtant, nous ne pouvons pas développer tout notre potentiel, ni celui de nos chevaux, si nous ne faisons que demander ce que nous demandons de la mauvaise manière et en nous concentrant seulement sur nos erreurs. Nous avons aussi à nous occuper de ce que nous faisons bien et à s’appuyer sur ces dons.
Si nous nous concentrons sur ce que nous ou notre cheval faisons de juste, nous serons capables de récompenser le cheval pour la bonne réponse immédiatement. Si, en revanche, nous nous concentrons uniquement sur nos erreurs, nous allons constamment monter avec de la tension, de la frustration, et peut être même de la colère. Si les chevaux ont un talent particulier (comparé au déficit de l’humain en la matière), c’est bien qu’ils sont des créatures douées d’une grande sensibilité. Ils sentent tout. Ils sentent une mouche se poser sur eux et le plus infime changement émotionnel dans leur troupeau (même si ce changement se produit à plusieurs centaines de mètre). En conséquence de quoi, ils sentent la plus subtile émotion à l’intérieur de nous, même si nous essayons de la leur cacher. Si nous regardons tout ça en relation avec les chevaux plutôt que nous-même, cela peut être plus facile à accepter.
Il y a plusieurs années, je regardais un cavalier de renom travailler un étalon de 6ans au piaffer. Sa méthode se concentrait sur le négatif. Il demandait au cheval de piaffer, attendais que ce dernier fasse une erreur, puis le punissait pour ça. Il ne se concentra pas sur les foulées de piaffer juste et ne s’arrêta pas pour récompenser quand le cheval faisais bien. Est-ce qu’un cheval peut apprendre de cette façon ? Oui, bien sûr, mais beaucoup de chevaux ne serons pas capable de se débrouiller et s’abîmerons mentalement et physiquement durant le processus. Est-ce que c’est une méthode éthique ? Non, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas éthique de traiter nos chevaux, ou nous-même, de cette façon. Et ce n’est pas nécessaire.
Plutôt que cela, il est important que nous nous concentrions sur ce que nous faisons juste et que notre cheval a bien fait, et que nous bâtissions sur ça avec du renforcement positif. Pour vous, en tant que cavalier, cela veut dire s’autoriser à s’occuper de ce que l’on sentait être juste pour pouvoir répéter ce succès. Cela ne veut pas dire nous donner ou donner à notre cheval de la reconnaissance uniquement lorsque quelque chose s’est passé parfaitement correctement. Cela veut dire reconnaître le moment où quelque chose est en train d’aller progressivement dans la bonne direction. Vous devriez reconnaître et récompenser chaque étape du développement de l’équilibre correct ou de l’exécution d’un mouvement parfait.
J’ai donné des centaines de leçons où le cavalier a fait quelque chose de très beau, et je l’ai complimenté pour ça. Je me fais un point d’honneur de montrer aux cavaliers comment, quand ils font quelque chose, même de très simple, bien, leur cheval répond positivement, c’est-à-dire avec relaxation, cadence et expression, parfois pour une note de 8 ou 9 (ndt : les mouvements en compétition de dressage sont notés sur 10). Si souvent la réponse du cavalier est de s’arrêter et de commenter le tout petit détail qu’il a fait faux, et de se focaliser sur cette erreur. Cela rend impossible au cavalier d’ancrer (que ce soit consciemment ou dans sa mémoire corporelle) ce qu’il ou elle a fait bien, et impossible pour elle ou lui de consolider ces aides correctes.
Si je n’arrive pas à faire sentir à ce cavalier ce qu’il a bien fait dans son corps et ce que le cheval a fait en réponse, je n’arriverais jamais à l’amener au Grand Prix ou au meilleur niveau que ce cheval peut atteindre.
Ça ne veut pas dire que je ne demande pas au cavalier d’utiliser la cravache ou les éperons quand c’est utile pour demander au cheval d’être attentif ou pour construire l’impulsion. De même, ça ne veut pas dire que je n’explique jamais au cavalier ce qu’il a fait faux. Cependant, ces aides pour le cheval et commentaires pour le cavalier devraient être utilisés avec attention et parcimonie. Je pense que l’on n’en a presque pas besoin si le cavalier se concentre sur et récompense le positif aussi immédiatement que possible.
Cela rendra non seulement votre cheval plus heureux dans son travail, mais cela lui permettra aussi de trouver cet insaisissable équilibre entre puissance et relaxation. En outre, vous pourrez vous appuyer sur vos forces, vos réussites, et votre sensation d’accomplissement, et vous serez capable de monter avec confiance, détente et une attention totale pour votre cheval (versus monter avec toutes sortes de pensées négatives envers vous-même). Quand un cavalier confiant monte un cheval confiant, les résultats sont indubitables.
𝘑𝘢𝘯𝘦 𝘒𝘢𝘳𝘰𝘭 𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯𝘦 𝘱𝘴𝘺𝘤𝘩𝘰𝘭𝘰𝘨𝘶𝘦 𝘦𝘵 𝘮é𝘥𝘢𝘪𝘭𝘭𝘦 𝘥’𝘰𝘳 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘧é𝘥é𝘳𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘜𝘚 𝘥𝘦 𝘋𝘳𝘦𝘴𝘴𝘢𝘨𝘦. 𝘌𝘭𝘭𝘦 𝘢 𝘦𝘯𝘵𝘳𝘢î𝘯é 𝘥𝘦 𝘯𝘰𝘮𝘣𝘳𝘦𝘶𝘹 𝘤𝘩𝘦𝘷𝘢𝘶𝘹 𝘫𝘶𝘴𝘲𝘶’𝘢𝘶 𝘎𝘳𝘢𝘯𝘥 𝘗𝘳𝘪𝘹. 𝘚𝘰𝘯 𝘱𝘳𝘪𝘯𝘤𝘪𝘱𝘢𝘭 𝘦𝘯𝘴𝘦𝘪𝘨𝘯𝘢𝘯𝘵 𝘦𝘵 𝘮𝘦𝘯𝘵𝘰𝘳 𝘦𝘴𝘵 𝘎𝘦𝘳𝘳𝘪𝘵-𝘊𝘭𝘢𝘦𝘴 𝘉𝘪𝘦𝘳𝘦𝘯𝘣𝘳𝘰𝘰𝘥𝘴𝘱𝘰𝘵 𝘥𝘦𝘴 𝘗𝘢𝘺𝘴-𝘉𝘢𝘴. 𝘌𝘭𝘭𝘦 𝘵𝘳𝘢𝘷𝘢𝘪𝘭𝘭𝘦 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘥𝘦𝘴 𝘦𝘯𝘧𝘢𝘯𝘵𝘴 𝘥𝘦 5 à 18 𝘢𝘯𝘴 𝘦𝘯 é𝘲𝘶𝘪𝘵𝘩é𝘳𝘢𝘱𝘪𝘦 à 𝘭𝘢 𝘉𝘦𝘢𝘳 𝘚𝘱𝘰𝘵 𝘍𝘢𝘳𝘮 à 𝘊𝘰𝘯𝘤𝘰𝘳𝘥, 𝘔𝘢𝘴𝘴𝘢𝘤𝘩𝘶𝘴𝘦𝘵𝘵𝘴.