08/12/2025
AVC : 16 mois
Il y a 16 mois, j’ai fait un AVC dans la zone de Broca. Mon caillot était trop grand. Du jour au lendemain, ma voix s’est éteinte : j’étais muet. Je comprenais tout, mais le langage, lui, était coupé. Les mots oraux comme les mots écrits. Il a fallu réapprendre le français, presque comme une langue étrangère.
Cette semaine, j’ai croisé un homme d’au moins vingt ans de plus que moi. On lui montrait des images simples : une télévision, un chat, une assiette de frites… Et lui répondait : « une horloge », « une montre ». J’ai senti tout son désarroi.
Parce que moi aussi, il y a un an, je faisais la même chose. Et même si j’ai fait des progrès exceptionnels, cette scène m’a mis une claque.
Quand on a fait un AVC, c'est très long pour reprendre comme avant. Pourtant, il y a quelque chose qui a changé en mieux. Avant, le travail avec les chiens était simple pour moi ; maintenant, c’est devenu du pur feeling. Je n’avais jamais vécu ça. C’est plus fort, plus intuitif qu’avant.
Aujourd’hui, parler n’est plus un mur. Je peux te répondre, je peux même te demander des choses. Pour des échanges courts, ça va.
Mais dès qu’une conversation s’allonge, ça se complique. Avant mon AVC, je pouvais expliquer, développer, analyser ce qui se passe dans la tête des autres et dans la mienne. Je pouvais emmener la discussion où je voulais.
Maintenant, je peux encore dire les mêmes choses, mais plus lentement (j'étais un TGV, donc ça ne m'inquiète pas). Je manque de mots : j’en réapprends tous les jours. Après l’AVC, il ne me restait rien de la syntaxe. J’ai dû la reconstruire de zéro. Et ce n’est pas simple.
Faire une phrase, c’est facile : un sujet, un verbe, des adjectifs, des compléments, des adverbes.
Mais mettre tout ça en musique, dans une conversation vivante et rapide… ça, c’est une autre histoire. Donc aujourd’hui, je suis en train de m’exercer à tenir des discussions en parlant…
Nicolas Greveldinger